20 décembre 2009

CAUCASE 09

Dans le cadre de l’organisation et de la préparation de la Route Transeuropéenne du Cheval, plusieurs adhérents de Cheval Sans Frontières sont partis au mois de juillet dernier dans le Caucase rencontrer les chevaux kabardines. Cet article a pour but de vous faire partager et de vous rendre compte des aventures et des moments rares que nous y avons vécus. Bonne lecture.

CHEVAL SANS FRONTIERES : RETOUR DANS LE CAUCASE

10 juillet 09. Aéroport de Roissy à Paris. Nous sommes Elbrus (3) Manu (4) et moi-même Claire (2) prêts à rejoindre Catherine (1) partie en éclaireuse depuis 10 jours à Nalchik. Rico (5) arrivera dans le Caucase demain, directement de l’Ile de la Réunion. Catherine nous a prévenus : à Moscou, une fois les formalités de douane et de police accomplies, nous devrons « cavaler » pour attraper la correspondance de Mineralnye Vody (littéralement la ville de l’eau minérale). Effectivement, il nous faut filer du terminal 2 au terminal 1 (15mn en taxi) au pas de course pour attraper notre vol. A l’arrivée, Catherine nous attend avec Ibrahim Yagan (6) l’éleveur de chevaux qui sera notre hôte et mentor pendant tout notre séjour. Ibrahim n’est pas un inconnu pour Cheval Sans Frontières. Catherine, dont vous avez sans doute vu le film « Kabardines, des chevaux à sauver » l’a filmé à plusieurs reprises lors de ses précédents voyages. C’est lui qui l’avait alerté en 2002 sur la situation des chevaux kabardines dans cette région du Caucase et ce sont principalement ses chevaux que nous sommes venus rencontrer.

NALCHIK : LA OU LES CHEVAUX LAISSENT L’EMPREINTE DE LEURS SABOTS

Après 80 kms de route serpentant au milieu d’immenses champs jaune vif, les tournesols sont en pleine floraison, nous arrivons à Naltchik, capitale de la République de Kabardino-Balkarie. Avec moins de 300 000 habitants, c’est une ville de moyenne importance dont l’histoire est relativement récente. Historiquement parlant, c’était le lieu « où les chevaux laissaient l’empreinte de leurs sabots en s’enfonçant dans la terre humide ». Grâce à ses sources thermales, elle a connu un certain essor au moment de l’Union Soviétique quand les notables de Moscou venaient y prendre les eaux ou envoyaient leurs enfants en colonies de vacances. De cette période elle garde quelques anciens hôtels de cure au charme désuet, plusieurs théâtres et des petits restaurants. Une coulée verte la traverse de part en part, ponctuée de petits lacs le long desquels les habitants aiment venir se promener, se délasser le soir, voire même se baigner.

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Grâce à ses intellectuels et universitaires comme Larissa (10), à ses artisans talentueux comme Slavik (7) et Sacha (8), qui mettent toutes leur énergie à retrouver les savoirs ancestraux, à ses artistes comme Ruslan Tsyrim (9) dont les œuvres reflètent si bien l’âme et la spiritualité kabarde, grâce aussi à ses créateurs et développeurs d’entreprises tels Ibrahim et Hussein (11), Naltchik tente depuis plusieurs années de retrouver un second souffle et une identité forte s’appuyant sur les valeurs du passé mais résolument tournée vers l’avenir.

UN TOAST SOUS LES ETOILES ACCOMPAGNE NOTRE ARRIVEE

Dès le premier soir, nous sommes dans l’ambiance : Ibrahim nous régale à la ferme Guaran d’un dîner traditionnel composé de viande et légumes cuits dans un panier déposé au fond d’une fosse creusée dans la terre. Nous sommes entourés de toute sa famille et placés autour de la table suivant « l’adat » (code rigoureux et savant qui régit tous les moments de la vie quotidienne), par Zamir (12) un ami de la famille. Ibrahim est le « tramada » le chef de table, l’autorité morale, le référent. A sa droite, l’invité(e) le plus âgé ou le plus exceptionnel, puis par degré d’importance décroissante, on place l’invité suivant à sa gauche, puis à sa droite et ainsi de suite jusqu’au bout de table où l’on trouve les femmes et les membres de la famille qui n’ont pas besoin d’être honorés.

 

Les enfants, quant à eux, font généralement le service. De la naissance à 7 ans, ces derniers sont les rois du monde, c’est la liberté totale sans restriction aucune. Rien ne leur est refusé, la terre, ses montagnes, ses forêts et ses glaciers, ses mers et ses poissons leur appartiennent. A 7 ans, ils deviennent les serviteurs de leurs parents, ne peuvent intervenir en rien dans les discussions, servent les adultes du matin au soir. C’est la phase d’apprentissage de la vie par l’observation. Dans des temps pas si anciens, le jeune garçon était confié par la famille à un « atalik », sorte de tuteur qui secondait les parents dans l’éducation de l’enfant mâle et l’instruisait dans le maniement des armes. Vers 15 ans, leur formation étant considérée comme achevée les adolescents deviennent en quelque sorte les « amis » de leurs parents et sont perçus comme des adultes à part entière dans la communauté.

Nous vivons notre première expérience d’échange de toasts sous les étoiles. Le toast est une institution, un moment fondamental qui ponctue le déroulement du repas. Il ne s’agit pas seulement ici du choc de deux verres. Celui qui souhaite porter un toast demande la parole au tramada et s’adresse à lui pendant tout son discours que tous écoutent, debout, le verre à la main, les yeux baissés. Cela relève plus du bâton de parole africain que du toast européen. Le toast reflète les sentiments vrais de celui qui le porte envers celui, ceux et celles à qui il s’adresse. Une fois le toast prononcé, tout le monde se rassoit pour continuer à manger avant de se relever à nouveau quand l’orateur suivant est prêt à s’exprimer à son tour.

NOTRE SEJOUR A LA RENCONTRE DES KABARDINES EN LIBERTE DANS LES HAUTS PATURAGES DU CAUCASE

Les neufs premiers jours de notre séjour sont consacrés au test d’un programme concocté par Catherine sur la base de ses expériences passées. Notre objectif est de mettre en place avec Ibrahim et d’autres partenaires, une dynamique de tourisme équestre en élaborant des circuits à proposer à des tours opérators. Pour Catherine, qui nous a accueillis en nous annonçant que pour de multiples raisons, Ibrahim avait dû changer le programme, ce n’est pas gagné ! Pourtant nous sommes déjà tous sous le charme.

Le lendemain, nous partons pour le Mont Inal qui culmine à 2878m d’altitude. Les 4/4 nous emmènent jusqu’au fond de la vallée/canyon dont le village de Kergelen « garde » l’entrée. Nous suivons pendant plusieurs kilomètres le cours d’une rivière aux eaux tumultueuses avant de rencontrer nos chevaux qui ont été amenés là, au pied de l’Inal par Arcady (13). Ils sont nerveux, dansants, fins, musclés et comme nous, impatients de partir. Nous les chargeons de tout notre barda qu’Ibrahim nous a fait alléger au maximum (malgré quelques récriminations de notre part) plus de la nourriture pour plusieurs jours (entre autres : quartiers de viande d’un bœuf tué la veille). Enfin, nous entamons la montée vers les hauts plateaux.

Moments magiques. Nous suivons un petit chemin tortueux et pentu à l’extrême, à peine visible au milieu des fleurs de montagne de toutes les couleurs, si hautes et si denses qu’elles atteignent le ventre des chevaux qui semblent nager plutôt que marcher au milieu de cette végétation luxuriante. Après quelques heures de montée nous atteignons la cabane où nous accueille Aziz, le berger. Il se relaie avec un autre berger pendant tous les mois d’estive, de mai à fin octobre, pour surveiller les allées et venues des hordes de chevaux laissées en totale liberté.

La viande est mise à boucaner sur un petit feu de bois à l’intérieur même de la cabane et nous plantons les tentes. Deux grands chiens de bergers montent la garde à côté de la cabane. Ce sont des chiens sans queue ni oreilles ! Il a fallu les leur couper pour qu’ils n’offrent pas de prise aux loups qu’ils doivent de temps en temps combattre. Loups que l’on entendra hurler au loin la nuit. Nous repèrerons aussi des traces d’ours lors de nos ballades équines alentour. Les jeunes poulains sont leurs proies et ils en ont déjà dévoré deux depuis le début de l’été. Nous allons vivre quelques jours accrochés à ce plateau qui surplombe une falaise tombant à pic vers une vallée quasi inaccessible où, d’après certaines histoires invérifiées, serait cachée la tombe d’Alexandre Le Grand…. Ici, l’œil peut suivre, jusqu’à l’horizon, une succession de plateaux herbeux et vallonnés sans que ne le gêne aucun fil électrique ni téléphonique, aucune barrière, aucune route ni construction. Nous sommes posés entre ciel et terre à boire cette beauté et cette immensité. Nous goutons fort nos chevauchées matinales pour aller repérer et retrouver les troupeaux de chevaux sauvages, les observer, les laisser s’approcher car ils sont encore plus curieux que peureux… et simplement jalouser leur belle liberté. Ils n’ont encore jamais été touchés ni débourrés ni encore moins montés. C’est sans doute un des derniers endroits au monde où il est encore possible de voir ces troupeaux évoluer dans une si belle liberté.

Ibrahim possède aujourd’hui plus de 200 chevaux, répartis en plusieurs groupes. Nous verrons également bien d’autres troupeaux également en liberté sur les flancs des montagnes alentour. Nous constatons ainsi que la dynamique lancée il y 7 ans par Ibrahim et quelques autres a porté ses fruits. Ici, en Kabardino-Balkarie, Le cheval Kabardine n’est plus menacé de disparition. Une victoire encore fragile sur l’indifférence dans lequel ces chevaux étaient tombés. Une ombre au tableau : le ciel ne nous accompagne pas et de fortes pluies alternent avec quelques rayons timides de soleil. Le soir nous regagnons nos tentes heureux mais trempés et boueux à souhait. Un jour Ibrahim doit même renoncer à trouver la passe qu’il voulait emprunter pour descendre vers cette vallée aux tombes anciennes et mystérieuses, noyés que nous sommes dans un brouillard à couper au couteau.

NOUS SOMMES AU POINT DE DEPART DE LA ROUTE TRANSEUROPEENNE DU CHEVAL

Mais c’est dit, c’est entériné, c’est approuvé : la Transeuropéenne partira de là. C’est le lieu de naissance de ces fiers et magnifiques chevaux que nous souhaitons faire connaître au plus grand nombre. Nous avons maintenant tous rejoints le rêve qui a inspiré la création de l’association et nous nous projetons dans ce fameux jour du départ, lorsqu’ensemble, partant d’ici, nous aurons devant nous les 6000km sur lesquels nous nous relaierons aux côtés de Catherine et des trois chevaux de l’expédition.

Il faut pourtant redescendre et poursuivre nos découvertes et repérages.

Nous formons une équipe quelque peu disparate et complexe mais complémentaire. Chacun semble avoir trouvé sa place et en son sein se nouent de forts liens d’amitié. Catherine apporte outre sa fougue et son dynamisme habituels, ses contacts et l’expérience de ses voyages précédents. Elbrus, bien que né à Mâcon, est issu de la Diaspora Tcherkesse. Ses aïeux ont émigré en Turquie il y a plus d’un siècle et demi mais la langue kabarde est restée sa langue maternelle. C’est une chance pour nous car il nous sert d’interprète avec un brio et une disponibilité sans faille. C’est la première fois de sa vie qu’il découvre et foule la terre de ses ancêtres. Manu et son magnifique sourire permanent, ostéopathe-cavalier-baroudeur, toujours de bonne humeur a passé quatre ans de sa vie à parcourir le monde en le massant ! Il nous remet d’aplomb chaque fois que l’un de nous a un petit bobo. Rico, homme de cheval et éleveur, agriculteur bio, apiculteur, très impliqué dans le développement du tourisme équestre à la Réunion, discute ferme avec Ibragim et souhaiterait lui faire profiter de son approche éthologique qu’il a cultivée notamment auprès d’Andy Booth. Quant à moi-même, doyenne, cavalière et marin, je tente de relier le tout et songe aux éventuels produits touristico-équins à faire opérer par des professionnels après l’expédition de la Transeuropéenne. Il est certain que l’association a encore aujourd’hui et sans doute pour un bon nombre d’années, une petite pierre à apporter au développement touristique de la région et à la promotion de ses chevaux.

De retour à Naltchik, nous retrouvons la petite communauté catholique animée par le Père Laurent que nous avions rencontré le jour de notre arrivée. Il y a trois ans, le Père Laurent était « tombé » sur le site internet de Cheval Sans Frontières. Il y avait « découvert » les Kabardines, apprécié le projet de la Route Transeuropéenne du Cheval et pris contact avec Catherine qui l’avait mis en relation avec Ibrahim. Aujourd’hui, ce sont 4 chevaux, une petite écurie, un rond de longe, l’énergie et la passion du Frère Karl et de quelques bénévoles qui sont mis à la disposition des enfants du village de Blagoveshenka, à 45 km de Nalchik. Le cheval comme facteur pédagogique et stabilisateur pour des enfants laissés à eux même et déstructurés. Nous sommes tous heureux que CSF ait participé, même modestement, à cette initiative et nous ferons en sorte de continuer.

L’ELBROUZ, LE PLUS HAUT MONT DE L’EUROPE GEOGRAPHIQUE RESTE CACHE DANS LES NUAGES : PARTIE REMISE.

Mais le programme continue et nous avons enfin rendez-vous avec l’Elbrus. Ce sommet mythique du Caucase n’a pas daigné se dévoiler depuis notre arrivée. Deux heures de route et un minibus nous emmènent à son pied dans une petite bourgade, style station de sports d’hiver. Nous prenons un télésiège sous une pluie battante, dans le froid et le brouillard. Nous devons nous rendre à l’évidence : Nous ne verrons rien encore aujourd’hui. En compensation, nous nous réfugions dans un café où l’aubergiste nous voyant débarqués tout ruisselants allume un grand feu de cheminée pour nous sécher. Pas d’Elbrouz mais nous sacrifions tous au marché local et nous achetons chacun un « papakha », chapeau en laine, digne des plus fiers montagnards.

Ici s’achève la première partie de notre séjour. Concernant le « produit touristique », verdict de Catherine : génial, ni fiable, ni rentable ; de Rico : nous sommes dans le paradis du cheval mais ce séjour ne peut concerner que des aventuriers soit 10% de ma clientèle. Nous sommes au tout début de l’aventure touristique. Il faudra du temps et encore beaucoup d’allers-retours pour que tous les partenaires soient sur la même longueur d’onde concernant le respect du programme, la qualité des services et des équipements, le choix d’une cavalerie adaptée aux randonneurs et sur tous ces détails essentiels qui font qu’un produit touristique peut se vendre.

DEUXIEME PARTIE DU SEJOUR : LE CAUCASE NOUS OFFRE L’AVENTURE !!!

Pour la deuxième partie de notre séjour, même Catherine est en terrain inconnu. Ibrahim nous propose de participer à une expédition jusqu’aux pieds de ce fameux Elbrouz. Cette expédition est organisée par plusieurs groupes d’alpinistes venus de Kabardino-Balkarie mais aussi de Biélorussie et de Karatchaï pour célébrer les 180 ans de la première ascension de l’Elbrouz.

Le 22 juillet 1829, Killar Khashirov, un guide kabarde travaillant pour une expédition scientifique de l'Armée russe dirigée par le Général Emmanuel escalade en effet pour la première fois le sommet oriental. Une conférence de presse est prévue à Naltchik pour annoncer la participation du groupe kabarde dirigé par Ibrahim auquel se joint notre équipe française. Rico et Manu qui repartent le lendemain ont l’honneur de participer à la cavalcade dans les rues de Naltchik au milieu des voitures et du trafic, depuis l’hippodrome jusqu’à la Place centrale où nous attendent orchestre, officiels et journalistes.

ENTRE KABARDES ET COSAQUES…

L’expédition elle-même démarrera de Piatigorsk, charmante petite ville avec ses cafés et restaurants à l’ancienne, distante d’à peu près 60 kms, où nous rejoignons un groupe de cosaques dirigé par leur « Ataman », Valéry Pomatov.

L’ataman (d’où aussi le nom d’Empire ottoman) est le chef élu, aimé et respecté d’un groupe de cosaques. Cantine militaire, tentes militaire, camion militaire, treillis militaires, armes, poignards à la ceinture, air patibulaire… de quoi nous troubler et mettre Elbrus en émoi, d’autant que les Cosaques sont représentent pour lui l’ennemi héréditaire. Dans la mémoire collective de la diaspora Caucasienne, le cosaque est celui qui brûlait les villages, pillait, violait et faisait fuir les habitants… Mais quelques années après le grand exode des Caucasiens (en 1864), éclatait la Révolution soviétique. Les Cosaques, partisans des Blancs devinrent eux aussi une minorité menacée par le pouvoir. Depuis, alliances et amitiés se sont développées entre les deux communautés. C’est Ibrahim qui leur a demandé d’accompagner l’expédition pour assurer la logistique et la protection de notre groupe !

Parmi eux, Nicolaï, aujourd’hui entrepreneur et homme d’affaires de Stavropol a passé les trois quarts de sa vie en France où sa famille avait émigré dans les années 20. Il s’exprime donc dans un français parfait et sa présence est une grande chance car il nous conte une foule d’anecdotes et d’histoires pour nous faire connaître l’histoire de son pays et pour nous convaincre que les Cosaques n’aspirent aujourd’hui qu’à être un lien, un élément de paix et de liaison entre tous les différents peuples de cette région, plus d’une centaine d’ethnies le long du Caucase entre Mer Noire et Mer Caspienne. Ethnies entre lesquelles l’entente n’est pas toujours cordiale…

ICI, ENTRE CHEVAL ET 4X4, LE CHEVAL L’EMPORTE…

Pendant trois jours, avec notre groupe de cosaques de légende échappés de l’histoire, nous alternerons quelques chevauchées et sections en camions 4/4 par des chemins boueux où nos véhicules s’enlisent gentiment. Nous suivons des routes avec des à pic vertigineux et traversons des rivières quelque peu agitées en empruntant des ponts/passerelles dignes d’Indiana Jones, le tout sous une alternance de soleil, de brouillards et de pluies.

Au dernier virage avant d’arriver au camp de base au pied de l’Elbrouz, point de départ de l’ascension qui sera tentée par les différents groupes d’alpinistes, il faut renoncer à faire passer les camions. La pluie des jours précédents a tellement raviné le semblant de chemin que des ornières profondes d’une hauteur d’homme se sont creusées interdisant toute tentative de descente. Leçon de l’histoire et démonstration, s’il en était encore besoin, de la place que peuvent encore et toujours tenir les chevaux dans notre monde moderne, ce sont nos kabardines qui sont nos transporteurs. Tout le matériel, tentes, nourriture et autres est chargé sur leurs dos et ils effectuent vaillamment autant d’allers et retours avec traversée de rivière entre camp et camions que nécessaires.

L’ELBROUZ : ENFIN !!!

Notre camp est établi sur une petite plaine surplombant une rivière, encastrée au milieu des montagnes à 2000m d’altitude. C’est un espace propice à de magnifiques cavalcades au grand galop. Nous sommes à un peu plus du tiers de hauteur du Mont Elbrouz, volcan éteint couvert de neiges éternelles dont les deux sommets culminent à 5642 m et à 5638m. Oui, deux sommets jumeaux comme si un géant armé d’un gigantesque « kinjal », poignard caucasien porté à la ceinture, y avait porté une violente entaille. Nous contemplons la plus haute montagne d’Europe mais elle ne se laisse découvrir que quelques heures par jour, généralement au lever du soleil avant que les nuages ne s’accrochent à ses sommets.

Nous savourons ce magnifique, étonnant et émouvant Caucase. Ici se confondent tous les verts que même un peintre aurait peine à imaginer : forêts sombres ponctuées de bouleaux argentés auxquelles succèdent des plaines à l’herbe rase, presque des steppes elles-mêmes suivies de montagnes escarpées. Cette terre a vu mille combats, ici se sont entrechoqués, ont guerroyés, se sont alliés, épiés tous ceux venus du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, qui ont voulu et souhaité réduire au silence ces descendants des amazones et des hittites.

Les Caucasiens sont beaux. Leurs visages sont rudes, taillés au couteau, austères mais les yeux même graves restent rieurs. Les attitudes sont hiératiques surtout lorsqu’ils dansent. Les danses tout comme leurs chants entonnés en chœur racontent des histoires d’amour, de guerres, d’honneur et de liberté. Autour de nos tentes courent les petits chiens de prairie, sortes de gros écureuils sans queue qui n’arrêtent pas de papoter et de s’appeler d’un terrier à l’autre. Par moment d’immenses troupeaux de chèvres ou de moutons dévalent les pentes poussés par des bergers centaures vissés sur leurs chevaux.

Nous nous habillons et nous déshabillons « vingt fois » par jour. Nous sommes en montagne et pouvons passer subitement de 30° quand le soleil tape à 10° ou 12° trois minutes plus tard quand le vent s’en mêle et nous apporte de gros nuages de pluies torrentielles.

Les Caucasiens et les cosaques mangent beaucoup et quasiment toute la journée quand ils n’ont rien à faire, principalement de la viande de bœuf ou de mouton bouillie, grillée, boucanée ou tout simplement séchée au soleil. Pas de porc. Les kabardes sont musulmans. Peu de légumes, hormis de rares tomates et concombres. Quelques fruits et des fromages fumés. Pas de couverts non plus. Chacun a son couteau et se débrouille avec ses doigts. Nous buvons beaucoup de thé … sucré, salé, aromatisé aux herbes et/ou aux fleurs.

MAGIQUE !

Entre ces chevaux licornes et ces mille fleurs il ne manque que la dame … ! Un vieil homme de 75 ans, familier des lieux raconte avoir croisé dans la montagne un léopard des neiges, nous ignorions même que cela existât mais après tout nous ne sommes pas si loin du Mont Ararat et nous serions tentés de croire qu’une partie de ceux qui descendirent de l’Arche, devant la magie des lieux, aient choisi de ne pas aller plus loin… Bien que des penseurs et philosophes de haute volée nous aient souvent prévenus qu’il était néfaste de se laisser envahir par les émotions, ici elles nous submergent, nous les recevons et nous laissons faire avec délices.

Nous serons déjà de retour à Nalchik, lorsque nous apprendrons avec soulagement que les alpinistes ont quasiment tous atteint le sommet et que tous sont redescendus sains et saufs.

Si pour Catherine, le retour vers Naltchik s’est fait à cheval sous une pluie battante avec des étapes longues et harassantes pour les chevaux et les cavaliers, je rentre en 4/4 avec Elbrus et Slavik qui nous a accompagnés pendant toute cette aventure. Slavik s’est montré initiateur, instructeur passionné de sa culture. Il nous a communiqué une abondance d’informations sur l’histoire, l’art, les valeurs, le comportement, les us et coutumes de cette partie ouest du Caucase. Il fut aussi non seulement un hôte attentionné mais aussi un guide et montreur averti de cette ville où il vit avec sa famille et où s’exprime tout son art. Nous tenons ici à lui manifester non seulement toute notre admiration pour son travail mais aussi toute notre reconnaissance et notre amitié.

Que soient aussi remerciés Hussein, le jovial cousin d’Elbrus, son épouse et toute sa famille. Tous nous ont ouvert les portes de leurs maisons et accueillis plus que chaleureusement. Enfin et surtout mention spéciale à Ibrahim, le Lion de Naltchik et c’est par lui que nous aurions du commencer, à sa famille et à tout son clan, Zamir, Albert et les autres qui se sont mis en quatre pour faire que nous nous sentions plus hôtes que visiteurs.

Au retour, nous étions tristes et perdus mais nous vous avons gardé une bonne nouvelle pour la fin de cette histoire. Au cours des conversations échangées avec Nicolaï, Valery et les cosaques sous la tente pendant l’expédition sur l’Elbrouz, nous avons bien sur longuement parlé du projet de La Transeuropéenne. Ce projet les a enthousiasmés et nous avons eu l’heureuse surprise quelques temps après notre retour d’apprendre qu’ils avaient décidé de créer de leur côté une association « Cosaques sans frontières ». Celle-ci est d’ores et déjà opérationnelle et une convention a été signée entre les deux « CSF ».

Cosaques sans frontières (Козаки без границ) accompagnera la Transeuropéenne pendant tout son parcours sur le territoire russe et ukrainien et lui fournira la logistique pour les hommes et les chevaux. En kabarde le même mot peut signifier amour et/ou connaissance alors à tous nous crions :

Chlaneroi ! (à prononcer en chuintant)

Claire et toute l’équipe Cheval sans Frontières

(1) Catherine a fondé CSF en 2003 et en est sa principale animatrice et pétillante Présidente. Dans la vie civile, elle est vidéaste et réalisatrice de films documentaires. Elle projette d’accomplir avec 3 chevaux kabardines l’intégralité du parcours de la Transeuropéenne.

(2) Claire, a rejoint CSF en 2006. Elle en est la Secrétaire. Après avoir œuvré dans le tourisme et plus tardivement dans la construction elle vient de prendre récemment sa retraite. Elle est cavalière et marin. En dépit de son emménagement à l’île de la Réunion, sa présence au sein de CSF s’est intensifiée. Elle est récemment gr and’mère d’une petite fille.

(3) Elbrus, jeune informaticien, bien que né à Mâcon il est issu de la Diaspora Caucasienne. Il a rejoint CSF en 2004 et Catherine lui a proposé d’en devenir officiellement co-fondateur et Trésorier. Il a également fondé NART, une association qui a pour but la diffusion de la culture Caucasienne notamment par l’animation d’un groupe de danses traditionnelles. Il a de grands fous rires communicatifs. Il va bientôt se marier.

(4) Manu e t son magnifique sourire permanent est ostéopathe-cavalier-baroudeur. Il a passé 4 ans de sa vie à parcourir le monde en le massant. Il est papa d’un petit garçon.

(5) Rico n’hésite pas à organiser des randos pour ses clients et amis aux quatre coins du monde. Il est homme de cheval, éleveur, agriculteur bio et apiculteur. Il est très impliqué dans le développement du tourisme équestre à la Réunion où il habite. Il y anime un centre équestre avec sa fille Fanou, disciple d’Andy Bo oth. Le projet de la Route Transeuropéenne l’inspire et il compte bien y participer d’une façon ou d’une autre.

(6)Ibrahim, est éleveur de chevaux. Il persévère depuis des années à pratiquer un élevage traditionnel et accompagne ses chevaux en transhumance tous les étés pour les laisser libres d’agir à leur guise en totale liberté. Il les destine prioritairement aux courses d’enduro. Après avoir rencontré de graves difficultés il y a quelques années, il possède maintenant un cheptel de plus de 200 chevaux.

(7) Slavik, est un artisan artiste hors pair. Il sa it travailler le bois, le cuir, les métaux. Il peut aussi broder et tisser. Il est en permanence et avec avidité à la recherche des savoirs ancestraux qu’il souhaiterait faire revivre.

(8) Sacha, est ferronnier et dinandier. Il travaille à l’ancienne sans moules et fabrique de magnifiques jarres et objets en cuivre. Dans le même esprit que Slavik, il se veut l’héritier et le continuateur des traditions et des savoirs ancestraux.

(9) Ruslan Tsyrim est peintre et sculpteur.

(10) Larissa, est universitaire, elle vit à Naltchik où elle enseigne le français. Elle a écrit une thèse sur le parallèle entre le kabarde et le français.

(11) Hussein, est le cousin d’Elbrus. Il y a quelques années, il a décidé de quitter sa Turquie natale pour s’implanter sur la terre de ses ancêtres. Après beaucoup de difficultés, il a créé une florissante entreprise de boulangerie. Il est marié et a deux filles.

(12) Zamir, est un ami d’Ibrahim. Il a passé 5 ans aux Etats-Unis et parle parfaitement anglais. Il a plein de projets et est bien décidé d’une part à défendre et promouvoir la culture kabarde et d’autre part à s’investir totalement pour participer au développement de l’économie locale.

(13) Arcady, est le frère d’Ibrahim, il s’occupe de la Ferme Guaran, des chevaux et de l’exploitation familiale.

(14) Père Laurent dynamique responsable de la petite communauté Catholique de Nalchick et du village Polonais de Blagoveshenka, il a développé avec le Frère Karl un petit centre équestre au profit des enfants du village.

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